Préserver la dernière écrevisse autochtone du département…

Une espèce en péril …

l’Écrevisse à pattes blanches ou à pieds blancs (Austropotamobius pallipes) est aujourd’hui la seule écrevisse autochtone (native, par opposition aux écrevisses introduites) encore présente dans le département de l’Ain. Elle est le témoin de la richesse et de la qualité de nos cours d’eau: particulièrement exigeante concernant son milieu de vie, elle requiert des eaux de bonne qualité, exemptes de pollutions, un habitat suffisamment diversifié et présentant de nombreuses caches pour s’abriter ainsi qu’une température fraîche et constante.

De ce fait, on la qualifie d’espèce « parapluie »: sa préservation est bénéfique à l’ensemble du milieu aquatique et faune associée (poissons, invertébrés aquatiques…).

Elle est protégée sur le territoire national et à l’échelle européenne: Il est ainsi INTERDIT d’altérer et de dégrader sciemment les milieux particuliers à cette espèce. De plus, sa pêche est strictement INTERDITE dans le département de l’Ain.

… menacée par la progression d’écrevisses exotiques

« Écrevisses exotiques », « allochtones », « invasives », « nuisibles » sont autant de termes qui décrivent les écrevisses d’origine américaine introduites dans les années 1970. Associées à la dégradation massive des milieux aquatiques, elles sont la cause du déclin des populations d’écrevisses françaises. Sans en être affectées, elles transmettent aux écrevisses natives une maladie mortelle : la « peste des écrevisses ». Elles se révèlent également être de redoutables compétitrices pour la nourriture, l’habitat et se comportent en prédateurs. Une fois installées, il est impossible de les éradiquer.

Véritables menaces pour l’écosystème, il est nécessaire de pouvoir les distinguer. Dans le département de l’Ain on en dénombre en 3 :

  • L’écrevisse de Californie ou Signal (Pacifastacus leniusculus)
  • L’écrevisse rouge de Louisiane (Procambarus clarkii)
  • L’écrevisse américaine (Orconectes limosus)

D’un point de vue réglementaire, il n’existe pas de taille légale de capture pour ces écrevisses exotiques. Dans les eaux de 2ème catégorie piscicole, leur pêche est AUTORISÉE toute l’année tandis qu’en 1ère catégorie elle est AUTORISÉE du 11 mars au 17 septembre inclus. Il est strictement INTERDIT de les relâcher et les introduire dans un autre milieu.

Comment les reconnaître ?

Mise en place d’un partenariat pour la conservation de l’Ecrevisse à pieds blancs

Né de la volonté d’engager des actions favorables à sa protection, un Plan d’Action est mené par le Conseil Départemental et la Fédération de Pêche de l’Ain depuis 2014: Établi pour 4 ans, il vise à améliorer les connaissances sur cette espèce dans le département ainsi qu’à mettre en place des propositions de gestion avec les acteurs locaux. Cette année vient clore 4 années d’investigations sur cette thématique.

Les connaissances historiques et les travaux de prospection réalisés ont permis de préciser l’existence de plus de 30 zones colonisées par l’Ecrevisse à pieds blancs. Des analyses génétiques ont également révélé la présence de caractéristiques uniques à notre département, confirmant notre devoir de conservation. 

Une veille continue des populations connues est déployée et assurée en collaboration avec les différents acteurs du territoire (Syndicats de rivières, AAPPMA, Agence Française pour la Biodiversité…).

Chaque cours d’eau abritant l’écrevisse autochtone fait l’objet d’une expertise recensant l’état de la population et les facteurs de perturbations potentielles ou avérées. Certains secteurs ont pu être plus finement étudiés. Tel est le cas de la dernière population viable connue sur le bassin versant du Séran. Actuellement en cours, cette étude se déroule dans le cadre du contrat de rivière du Séran, animé par la Communauté de Communes Bugey Sud. Elle comprend l’étude du compartiment biologique (vie piscicole, invertébrés aquatiques), de la qualité de l’eau et de l’habitat afin de mettre en évidence les paramètres défavorables à l’espèce, et les rectifier par la suite.

L’exemple du sauvetage des écrevisses du ruisseau du Buizin

Les écrevisses à pieds blancs du Buizin sont condamnées par la progression constante des écrevisses Signal. Un seuil a été alors  mis en place par le Syndicat de l’Albarine afin de freiner cette expansion scindant en deux la population de natives.

Le Syndicat associé à la Fédération de Pêche de l’Ain a entrepris le sauvetage des écrevisses françaises condamnées en aval de cet obstacle. Il s’agit à travers cette action de transfert de donner une chance à ces écrevisses d’investir un milieu plus hospitalier. Le choix des milieux récepteurs a été réalisé par des experts sur la base de nombreux paramètres majeurs comme la thermie.

 

 

Une première introduction a été réalisée en 2016 sur un ruisseau du bassin versant de la Pernaz. Un an après, les premiers résultats sont encourageants. La population semble s’être acclimatée et même reproduite:

Présence de juvéniles sur l’abdomen de cette femelle issue d’une introduction sur le bassin de la Pernaz

Un second transfert de 288 individus vers un affluent du bassin versant de l’Albarine s’est déroulé durant l’été. Les investigations vont ensuite se poursuivre jusqu’à épuisement du stock, sur un ou plusieurs affluents préservés du bassin versant de l’Oignin.

Quelques conseils pratiques pour éviter la propagation de la peste

Que faire suite à la découverte d’une écrevisse ?

 

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